[Chronique] Trigg & Gusset – Event Horizon : Au-delà de l’ombre

Après les craquements minimalistes de Pole, le hasard du tirage sur Discogs m’offre une respiration mélancolique. Event Horizon est une œuvre de patience, une exploration des silences et des échos où le saxophone ténor de Gusset (Erik van Geer) et l’électronique de Trigg (Bart Knol) se fondent dans une brume sonore hypnotique. Le duo poursuit son exploration d’un territoire qu’ils connaissent intimement : ce point de bascule où le jazz se dissout dans l’ambient, où la mélodie devient texture, et où le rythme n’est plus qu’une pulsation lointaine.

1. L’Œuvre : Le « Noir » en musique

Le titre, Event Horizon (l’horizon des événements), fait référence à cette limite ultime autour d’un trou noir d’où rien ne peut s’échapper. L’album porte bien son nom : c’est un disque d’aspiration lente. On y retrouve l’influence du « Doom Jazz » (façon Bohren & der Club of Gore), mais avec une touche plus onirique, presque ambient. C’est la bande originale d’un film noir qui n’existerait que dans notre esprit.

Le cœur du disque repose sur ce dialogue fascinant entre les nappes électroniques feutrées et les souffles habités du saxophone (ou la clarinette). Autour, les interventions de trompette et de batterie viennent colorer sans jamais surcharger. Résultat : une musique cinématographique sans image, où chaque morceau semble raconter une scène suspendue.

2. Le Son : L’art du grain et de l’écho

Ici, l’enregistrement cherche une forme de perfection de l’imperfection.

  • Le souffle du saxophone : La prise de son est si proche que l’on entend non seulement la note, mais aussi le souffle du musicien et le cliquetis des clés de l’instrument. Sur mes Vestia, ça donne une sensation de présence physique immédiate, presque troublante.
  • La profondeur de la réverbération : Les notes de piano et les percussions minimalistes sont plongées dans des échos infinis. Le son ne s’arrête jamais net ; il s’évapore dans l’espace sonore.

3. Le Rendu Hifi : Un test de micro-détails et de scène sonore

Pour cet album, je n’ai pas le choix, comme je n’ai pas le vinyle, ce sera l’album en démat’ 24-44Khz.

  • Le placement spatial : Le saxophone se détache nettement, flottant au centre, tandis que les nappes électroniques semblent venir de derrière les enceintes. C’est un test parfait pour la largeur de la scène sonore.
  • La gestion du silence : Comme pour Pole, le silence est un instrument à part entière ici. On doit pouvoir ressentir la « densité » du silence entre deux notes de piano ou de sax.
  • Mon moment préféré : le Kuroi avec son thème à la Bohren 😉

4. Le Ressenti de l’Auditeur : Une solitude élégante

Écouter Event Horizon, c’est s’offrir une parenthèse hors du temps. L’immersion nocturne et une forme d’apaisement mélancolique. On ressent une forme de solitude, mais une solitude choisie et confortable. C’est l’album idéal pour une écoute nocturne, lumières éteintes, où la pièce semble s’agrandir au rythme des notes de saxophone. Je l’écoute d’ailleurs le soir après 22h00.

Event Horizon est probablement leur album le plus abouti sur le plan atmosphérique, plus fluide, plus immersif, et surtout plus équilibré entre électronique et instrumentation. Ce qui frappe surtout à l’écoute, c’est la retenue. Rien n’est démonstratif, tout est suggéré. L’album évite soigneusement le piège du dark jazz trop appuyé : ici, la noirceur est nuancée, presque réconfortante par moments, comme une nuit calme plutôt qu’une menace.

Erikheus A partir de mes oreilles

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