[Chronique] Queen – Jazz (1978) : des paillettes et du rock’n’roll

Changement de décor total ! Discogs et son tirage au sort aime nous taquiner. On quitte l’intimité électronique pour l’extravagance de Queen. Avec l’album Jazz (1978), on s’attaque à un monument de la démesure. Contrairement aux albums précédents, nous sommes ici sur un vinyle d’époque, ce qui change radicalement la perspective de l’analyse hifi.

Après les paysages brumeux de Craven Faults et la dentelle de Four Tet, voici donc le Jazz de Queen qui n’a de « jazz » que le titre, mais qui possède l’énergie d’un groupe au sommet de son insolence.

1. L’Œuvre : Un cabaret rock sans limite

En 1978, Queen est le plus grand groupe du monde et il le sait. Mais le groupe se cherche, il sort d’un album et d’une tournée qui ont moins bien marché (News of the World) et ne veut surtout pas refaire ce qui a déjà été fait avec A Day at the Races, c’est à dire refaire du Queen à la Bohemian Rhapsody.
Jazz est un album kaléidoscopique : le groupe ne veut pas se limiter à un genre, on y passe donc du hard rock de Dead on Time à la ballade mélancolique de Jealousy, en passant par l’inclassable Mustapha avec ses accents farsi. C’est un disque qui refuse de choisir un camp, porté par la voix d’un Freddie Mercury qui, ici, semble ne connaître aucune limite de registre. Ca sent aussi un peu la fin d’une époque, peut-être même que c’est la dernière fois qu’on sent Mercury s’amuser aussi bien…

2. Le Son : L’énergie brute du vinyle d’époque

Écouter un pressage d’époque de Jazz, c’est retrouver le « son » Queen tel qu’il a été conçu avant les remasterisations numériques parfois trop compressées des années 2010.

La « Red Special » dans toute sa texture

Sur le vinyle, la guitare de Brian May — la célèbre Red Special (fabriquée à partir d’un linteau de cheminée familial) possède une épaisseur organique. Là où les remasters récents ont tendance à accentuer les hautes fréquences pour donner une impression de clarté, le vinyle d’époque privilégie le bas-médium. Résultat : les harmonies de guitare typiques de Queen ne sont pas de simples lignes superposées, elles fusionnent pour créer un son de « mur de guitares » extrêmement chaleureux et efficace.

Le grain de la voix de Freddie

C’est sans doute là que le vinyle d’époque gagne son duel. La voix de Freddie sur des titres comme Jealousy ou Dreamer’s Ball possède une présence presque charnelle. On n’écoute pas seulement une bande magnétique ; on perçoit les légères inflexions, le souffle et cette petite « saturation naturelle » de la console de mixage qui apporte une humanité incroyable au chant. Le vinyle ne cherche pas la perfection chirurgicale, il exprime toute une époque…

3. Le Rendu Hifi : Le test de la saturation et de la scène

  • Séparation des voix : Queen, c’est avant tout des empilements de chœurs (overdubs). Un bon rendu hifi doit permettre de distinguer les différentes couches vocales sans que cela ne devienne un « mur de son » confus. Et je dois dire que ce n’est pas gagné…
  • La batterie de Roger Taylor : Sur un pressage d’époque, la batterie a un punch très particulier. Sur Fat Bottomed Girls, le pied de grosse caisse doit claquer de manière franche. Est-ce le cas chez vous ?
  • Le « Moment Hifi » : Don’t Stop Me Now. Le piano doit être percutant, la basse de John Deacon doit vrombir, et quand le solo de guitare arrive, il doit « percer » la scène sonore sans devenir agressif pour l’oreille.

4. Anecdotes de studio : Entre délire et perfectionnisme

  • Le scandale des vélos : Pour illustrer le single Bicycle Race, le groupe a loué 65 vélos et organisé une course avec des mannequins nues dans le stade de Wimbledon. L’histoire raconte que le loueur de vélos a exigé que le groupe rachète toutes les selles une fois qu’il a appris comment elles avaient été utilisées !
  • L’enregistrement « exilé » : Pour des raisons fiscales, l’album a été enregistré à Montreux (Suisse) et à Nice. C’est durant l’étape à Nice que Freddie Mercury, voyant passer le Tour de France sous sa fenêtre, aurait écrit les paroles de Bicycle Race sur un coin de table.
  • Brian May : Bien que l’album s’appelle Jazz, Brian May détestait le style et le concept du disque. Il a pourtant dû composer avec les envies d’exploration du groupe, apportant sa rigueur mathématique à des morceaux totalement fous.

5. Le Verdict

Et si Jazz était l’album le plus queenesque de Queen ? Inclassable, éclectique à souhait, à fond dans la démesure, … Écouter Jazz en vinyle d’époque, c’est accepter un voyage un peu chaotique mais terriblement vivant. C’est un album qui a du « caractère », avec ses imperfections analogiques qui servent magnifiquement le panache du groupe.

Ma note « Plaisir d’écoute » : 5/5 (Un divertissement pur).
Ma note « Rendu Technique » : 4/5 (Pour le charme du pressage original, malgré quelques mixages très denses).

Erikheus A partir de mes oreilles

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