Mon premier album, Vinterlys, est en ligne depuis hier soir. Ca a été une vraie épreuve et en même temps, une vraie fierté d’avoir été jusqu’au bout.
Cette fois-ci, j’ai changé de méthodologie pour composer et aboutir à ce résultat. J’ai utilisé de l’IA à tous les étages de la création. Comment j’ai fait et quelle est la part de l’humain dans ce résultat, j’ai demandé à un journaliste fictif de me questionner à ce sujet.
L’INTERVIEW : Erikheus – La Lumière au bout du Béton
Journaliste : Erikheus, bonjour. On vient d’écouter ‘Vinterlys’ en avant-première, et le choc est réel. On y entend des échos de Broadchurch, la mélancolie de Nils Frahm, mais avec une tension industrielle beaucoup plus marquée, presque brutale. Ma première question est simple : pourquoi avoir choisi ce nom, ‘Vinterlys’ (Lumière d’hiver), pour un album qui semble par moments s’enfoncer dans une noirceur totale, notamment sur la fin de la Face A ?
Erikheus : Bonjour. Et bien, tout d’abord il a été composé en hiver ;)) Avoir découvert la BO de Broadchurch en 2013-2014 a été une vraie révélation. Les ambiances d’Olafur Arnalds, ce piano fantomatique et cette voix tellement émotionnelle d’Arnor Dan m’ont convaincu de m’intéresser davantage au néo-classique, cette musique qui mélange des instruments dits classiques et des électroniques modernes ou autres boucles. Cela m’amené à découvrir Nils Frahm, Max Richter, Hania Rani, … C’est une musique souvent minimaliste, cinématographique et très portée sur l’émotion pure, j’adore ça. Ensuite, j’ai besoin de raconter une histoire pour mener à bien le fil rouge de l’album. Ici, j’ai pensé que le béton pourrait être l’élément qui menace la vraie vie et donc la lumière. Tout est parti de là. Pour faire le lien avec cette musique qui est généralement nordique, j’ai choisi des titres en norvégien. C’est une album qui raconte le combat entre la noirceur et la lumière dans une ambiance froide et distanciée.
Journaliste : C’est une vision, en effet, très cinématographique. Justement, parlons de la conception. Vous parlez souvent d’une collaboration ‘hybride’. On sait que l’IA a mauvaise presse dans les milieux puristes, souvent perçue comme un bouton ‘magique’. Pourtant, vous évoquez plus de 500 essais, un travail de curation épuisant et un passage complexe sur Logic Pro. Est-ce que vous avez eu le sentiment de ‘composer’ de manière traditionnelle, ou vous voyez-vous plutôt comme un sculpteur qui doit briser un bloc de granit numérique pour y trouver une émotion ?
Oui, ici, j’ai entrepris de composer cet album de manière radicalement différente en désignant l’IA non seulement comme l’orchestre mais également comme collaborateur artistique et comme responsable du mastering final.
On est très loin du fantasme de l’IA qui fait tout toute seule. Pour moi, Udio ou Suno ce ne sont pas des services de composition efficaces, mais, une fois promptés, c’était parfois une très bonne matière première sauvage, parfois très « kitsch » ou trop lisse, et qu’il a fallu dompter. En fait, ma méthodo, ça a été de créer une vision sonore de ce que je voulais, ensuite de sélectionner tout un tas d’échantillons pour « texturer » la vision. Comme j’avais besoin d’un chanteur, j’ai procédé de la même manière. J’ai sélectionné des samples et j’ai demandé à l’IA de me créer un personna que j’ai du peaufiner et diriger dans les parties chantées.
Composer avec l’IA, c’est comme essayer de sculpter dans une matière qui change de forme en permanence. Sur les 530 essais-boucles créés, 95% étaient des échecs : des mélodies trop prévisibles, des textures sans âme. Le vrai travail a été le « Prompt Engineering » : j’ai dû apprendre à parler la langue de la machine, à corriger mes instructions, à introduire des termes techniques de mixage ou des nuances émotionnelles pour la forcer à sortir du conventionnel et rester cohérent dans la démarche artistique. J’ai du faire plus de 1000 prompts en tout pour ce projet.
Ce n’est pas l’IA qui a décidé de l’album, c’est moi seul et c’est mon oreille qui a filtré le chaos numérique pour n’en garder que l’essentiel. C’est un travail de montage et de collage épuisant, presque plus mental que la composition classique.