[Chronique] Craven Faults – Bounds : Une dérive sonore aux confins du Yorkshire

Il y a quand même des hasards curieux. Un ami m’informe qu’un vinyle de Craven Faults (le Bounds en question aujourd’hui) est sur une plateforme bien connue à moins de 10€. Je me rappelle avoir écouté l’oeuvre précédente il y a quelques mois et donc je commande, je reçois cette semaine et hier, je l’écoute dans un silence religieux. Et voilà que Discogs me le choisit pour ma deuxième chronique aujourd’hui ;))
Pour cette deuxième escale, l’écoute du jour m’entraîne loin des étoiles de Jarre pour me ramener sur terre, presque sous la terre.
Avec Bounds, le mystérieux Craven Faults nous propose une cartographie sonore du nord de l’Angleterre. Un périple de 37 minutes qui ne se contente pas d’être écouté, mais qui se parcourt comme un territoire. Pour ceux qui vont écouter, je préviens, on se sent seul, très seul sur une lande déserte, observant d’anciennes usines de textile désaffectées sous un ciel gris. C’est fascinant, parfois déprimant mais profondément immersif.

1. L’Œuvre : Une géographie des marges

Comme le souligne si bien le webzine Solénopole, cet album est un « périple imaginaire ». Il s’inspire des frontières invisibles, des ruines industrielles et des paysages façonnés par le temps. Quand vous aurez un peu de temps, allez voir son compte YouTube. Le titre même, Bounds, évoque les limites : celles des propriétés d’autrefois, des terres encloses et de l’érosion.
C’est une musique que je ressens presque que comme du post-rock sans les guitares noisy. On n’est plus dans une forme d’écoute qui attend son divertissement, mais bien dans une « dérive auditive » entre passé et présent.

2. Le Son et le Format : La matière analogique brute

Alors, je dois faire un choix. Je possède les 2 versions de l’album, le vinyle et le 44-24. Mon cœur penche pour le Vinyle, mais mon oreille me conseille le Roon.

  • L’organique et le mécanique : On sent que chaque son provient de machines bien réelles. Le format haute résolution permet de percevoir l’instabilité de l’analogique, ce côté « vivant » qui évite à la répétition de devenir froide.
  • Le souffle du paysage : Contrairement à une production moderne trop « propre », Bounds conserve une densité, une épaisseur qui rappelle la brume des landes du Yorkshire. J’aime bien ce grain dans le résultat.

    Le Vinyle sera pour une écoute de fin de soirée. La dimension physique de l’objet complètera parfaitement le concept de « cartographie » et de territoire de l’artiste.

3. Le Rendu Hifi : Un test de spatialisation et de patience

Sur mon ensemble Hifi, cet album impose un tout autre défi que l’album précédent :

  • La notion d’échelle : Les morceaux passent de l’intime (comme une respiration) au vaste (comme une plaine infinie). Le système doit être capable de rendre ces changements d’échelle sans perdre de détails et je trouve que la spatialisation, si imposante dans Jarre, s’exprime moins ici.
  • La gestion du silence et de la tension : Sur Lampes Mosse, la mélodie s’efface au profit de tensions et de dissonances. J’entends qu’idéalement mon matériel devrait être plus précis pour transformer ces moments de tension en une expérience immersive.
  • L’épopée finale : Le titre de clôture, Waste & Demesne (18 minutes), est le test ultime. Les boucles hypnotiques s’y dissolvent dans une mer de réverbérations. J’aimerais que sur mes enceintes, cette nappe finale flotte littéralement dans la pièce, créant cet état suspendu où l’on perd tout repère physique.

4. Le Verdict

Bounds est une invitation à se perdre. C’est un album à la fois austère comme un paysage d’hiver et étrangement réconfortant, mais surtout profondément immersif. Pour profiter pleinement de cet album, il faut accepter de ralentir son rythme cardiaque et de laisser les machines de Craven Faults tracer de nouvelles frontières dans votre salon.

Ma note « Plaisir d’écoute » : 4/5 (Une évasion rare).

Ma note « Rendu Technique » : 4/5 (Pour la profondeur des textures analogiques mais une spatialisation que j’aimerais plus forte).


L’info en plus : Le nom « Craven Faults » n’est pas choisi au hasard : il fait référence à un série de failles géologiques bien réelle dans le Nord de l’Angleterre. Une preuve supplémentaire que cette musique est littéralement ancrée dans le sol.


Erikheus A partir de mes oreilles

One Comment

  1. C’est pour moi une belle découverte qui mérite une nouvelle écoute dans de bonnes conditions (casque ? sans doute pas mais en voiture ça me semble une bonne idée).
    Je suis surpris par le son 100% électronique et l’absence de bruit de la nature (eau qui coule, moutons qui bêlent, pierres qui roulent, brise qui souffle …). C’est plutôt intéressant car la nature (la terre, la pierre, le paysage, …) est présente dans notre imaginaire sans être soufflée, de manière stéréotypée, par le son.
    Je me sens perdu dans ma propre carte.

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