
J’ai 500 albums et il a fallu que Discogs choisisse celui-là entre tous… 🙄
[Chronique] Oxygène – Jean-Michel Jarre : Le souffle analogique en haute définition
Que dire qui n’a pas été dit sur ce troisième album de Jarre fils (et oui, ce n’est pas le premier comme beaucoup le pense). Qu’il a été vendu à environ 18 millions d’exemplaires dans le monde[2], qu’il s’agit d’un des plus gros succès de l’histoire de la discographie française et que Oxygène reste un des albums de musique électronique les plus vendus de tous les temps ? Tout le monde le sait…
1. L’Œuvre : Le Big Bang de l’électronique française
On ne présente plus Oxygène, je viens de le dire. C’est l’album qui a prouvé que les synthétiseurs pouvaient avoir une âme, une poésie et, surtout, un succès planétaire. Ce qui me frappe à chaque écoute, c’est cette sensation de voyage spatial immobile. J’ai découvert cette musique quand j’avais 10 ans à la radio (et oui, je suis vieux :)) et j’étais scotché qu’on puisse jouer une musique sur des machines comme celle-là. Jarre n’utilise pas de séquenceurs robotiques ; tout est joué, vivant. C’est une œuvre qui respire (littéralement, avec ces bruits de vent et de vagues de bruit blanc), qui s’inspire du classique, qui fait voyager.
2. Le Son et le Format : La clarté du 24-bit sur Roon
Pour cet article, j’ai le choix, soit je passe le vinyle de 1976 qui crachouille (5€ sur une brocante) soit je passe sur la version Roon (24-bit / 48kHz). J’ai choisi pour cette écoute ma version stockée sur Roon. Pourquoi pas le vinyle cette fois ? Parce que la musique de Jarre repose sur des couches infinies de nappes de Mellotron, d’Eminent et de synthétiseurs ARP.
- Le silence numérique : Sur les passages calmes d’ Oxygène (Part II), l’absence totale de souffle de fond (le fameux noise floor) du 24-bit permet de percevoir les échos les plus lointains des effets de réverbération.
- La dynamique : Le format haute résolution rend justice aux attaques des oscillateurs. On sent la tension électrique derrière chaque note.
3. Le Rendu Hifi : Une bulle sonore
C’est ici que mon système est mis à rude épreuve. Oxygène est un test redoutable pour la scène sonore.
- Largeur et Profondeur : Sur mes enceintes, le son dépasse largement le cadre physique des haut-parleurs. Les effets de « phasing » (ce tourbillon sonore typique de Jarre) semblent voyager derrière ma tête. C’est l’un des rares albums stéréo qui donne presque une sensation de surround (ça se dit encore surround ? ;))
- Les Timbres : Ce que je cherche ici, c’est la « chaleur » des machines analogiques de l’époque. Le rendu n’est jamais agressif. Les basses fréquences de l’Oxygène (Part IV) sont fermes, mais enveloppantes, sans jamais baver sur les mélodies cristallines qui flottent au-dessus.
- Le « Moment Hifi » : À la fin de la Partie II, lorsque les sons de mer se mélangent aux synthés, la séparation des instruments est telle que je peux isoler chaque couche sonore sans effort.
Le Verdict
Oxygène reste une expérience sensorielle totale. Le passage par Roon en haute résolution dépoussière l’œuvre et nous place directement dans cette pièce à d’Auteuil en 1976, au milieu des câbles et des oscillateurs chauffés à blanc.
Et oui, saviez-vous qu’Oxygène a été enregistré dans une petite chambre d’appartement transformée en studio, avec un équipement de fortune ? Jean-Michel Jarre n’avait pas les moyens de louer un grand studio. Il a installé ses synthétiseurs imposants là où il pouvait. L’anecdote marrante concerne l’enregistreur 8 pistes qu’il utilisait. Comme la machine chauffait énormément et faisait un bruit de ventilation mécanique insupportable pour les prises de sons délicates, Jarre a dû ruser : Il a percé des trous dans le mur de sa cuisine pour faire passer les câbles, afin de laisser l’enregistreur bruyant dans une pièce et garder ses synthétiseurs dans l’autre pour travailler dans le silence ;)).
Je lance la lecture et Oxygène Part I me place déjà dans un état émotionnel. Et oui, je ne suis absolument pas subjectif, Oxygène est tellement affectif pour moi et c’est surtout mon premier vrai souvenir d’une musique électro. Quel plaisir de le réécouter dans de bonnes conditions…
Ma note « Plaisir d’écoute » : 5/5
Ma note « Rendu Technique » : 4.5/5 (le mixage original est une merveille de spatialisation).
Une première immersion vidéo pour saisir l’ampleur du travail accompli sur les sources analogiques, suivie d’un seconde qui décrypte avec brio le génie créatif de Jarre sur ce chef-d’œuvre.
De mémoire, JMJ a utilisé du matériel récupéré chez Christophe dont un synthétiseur défectueux qui a façonné une partie du son caractéristique de cet album.
Bien vu, André, et je l’ignorais. Jarre a effet vu l’Eminent 310 chez Christophe. C’est l’instrument « star » d’Oxygène (celui qui fait ces nappes de cordes spatiales). Christophe en possédait un et c’est en l’entendant chez lui que Jarre a compris tout le potentiel de ce synthé une fois passé dans des pédales d’effets.